Tribune : Le Ministre Olesongo Ondaye, votre rôle ne se limite pas uniquement aux passeports (Evrard NANGHO)

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Le rôle du Ministre de l’Intérieur ne saurait être réduit à la seule question des passeports. Certes, lors de la cérémonie de passation de service avec son prédécesseur Zéphyrin Mboulou, le Général Olensongo Ondaye a marqué les esprits en affirmant sa volonté de faire en sorte que « le passeport cesse d’être un document de luxe ». Cette déclaration traduit une ambition légitime de rapprocher l’administration des citoyens et de moderniser les services publics. Toutefois, les responsabilités stratégiques du ministère de l’Intérieur dépassent largement la problématique documentaire, tant les enjeux sécuritaires, institutionnels et géopolitiques auxquels le pays est confronté sont considérables.

Le ministère de l’Intérieur constitue l’un des piliers de la souveraineté de l’État. Il est au cœur de la sécurité intérieure, de l’administration du territoire, du maintien de l’ordre public et de la cohésion nationale. En prenant la tête de la Police Nationale et de la Gendarmerie, le Général Olensongo Ondaye hérite d’une mission particulièrement sensible : restaurer l’autorité de l’État face à la montée de la criminalité urbaine, notamment le phénomène des « bébés noirs » et des groupes de type Kuluna, devenus l’un des symboles de l’insécurité dans plusieurs zones urbaines.

La population attend désormais des réponses fermes, structurées et durables face à un problème qui, jusqu’à présent, met en évidence les limites opérationnelles et organisationnelles des forces de sécurité.

Au-delà de la lutte contre la délinquance, la question migratoire apparaît également comme un enjeu stratégique majeur. Dans un contexte régional marqué par des flux migratoires croissants, la maîtrise des frontières et le contrôle rigoureux des entrées et séjours sur le territoire national deviennent des impératifs de sécurité nationale, de stabilité économique et de préservation de l’ordre public. Beaucoup de citoyens estiment qu’une réforme profonde de la politique migratoire est nécessaire, notamment à travers l’adoption d’une législation plus moderne, plus cohérente et mieux adaptée aux réalités actuelles.

L’objectif ne doit pas être de stigmatiser les étrangers, mais de garantir le respect des lois de la République du Congo, de lutter contre l’immigration irrégulière et d’assurer une meilleure traçabilité administrative des personnes vivant sur le territoire national. Dans cette perspective, les autorités sont appelées à renforcer les mécanismes de délivrance et de contrôle des titres de séjour, tout en procédant, dans le strict respect des lois et des engagements internationaux, à l’éloignement des personnes en situation irrégulière.

La modernisation de l’administration sécuritaire constitue également un chantier prioritaire. La facilitation de l’accès à la carte nationale d’identité et au passeport doit s’accompagner d’une véritable transformation numérique des services de l’État. L’informatisation des bases de données administratives et leur interconnexion avec les services de police, de gendarmerie et de justice permettraient non seulement de renforcer les contrôles d’identité, mais aussi d’améliorer la lutte contre la fraude documentaire, la criminalité transfrontalière et les réseaux criminels organisés.

Par ailleurs, les défis auxquels fait face la Police nationale ne se limitent pas aux questions matérielles. Le manque d’équipements, l’insuffisance de formation, les difficultés logistiques et certaines dérives liées au professionnalisme appellent des réformes structurelles profondes.

Les commissariats doivent être modernisés, dotés d’outils informatiques performants et reliés à des systèmes centralisés permettant aux officiers de police judiciaire d’exercer efficacement leurs missions. Une police moderne ne repose pas uniquement sur la force, mais aussi sur la technologie, la discipline, l’éthique et la capacité de renseignement. Les attentes populaires sont donc immenses vis-à-vis du Général Olensongo Ondaye ainsi que des responsables sécuritaires appelés à travailler à ses côtés, notamment King Obami Itou et Akouangé, afin d’insuffler une nouvelle dynamique à la Police nationale et à la Gendarmerie.

Sur le plan administratif, le Ministre de l’Intérieur demeure également le garant du bon fonctionnement des préfectures, des mairies et de l’administration territoriale dans son ensemble. Assurer une présence effective de l’État sur l’ensemble du territoire national est un enjeu fondamental pour renforcer l’autorité publique, prévenir les tensions locales et améliorer la gouvernance territoriale. À cela s’ajoute la question cruciale de la sécurité civile. Face aux inondations, catastrophes naturelles, incendies et autres situations d’urgence, les services de secours doivent gagner en rapidité, en coordination et en capacité d’anticipation.

Une politique moderne de sécurité civile doit être fondée non seulement sur la réaction, mais aussi sur la prévention et la gestion des risques.

Enfin, en affirmant être « allergique à la paresse, à la nonchalance et à la désobéissance à la hiérarchie », le Général Olensongo Ondaye envoie un message d’autorité et d’exigence au sein de l’appareil sécuritaire et administratif. Mais au-delà des discours, les Congolais attendent désormais des résultats concrets. Eux-mêmes se disent « allergiques » à l’échec, à l’insécurité, au désordre institutionnel, à l’inefficacité des services publics et aux dysfonctionnements observés au sein de la Police nationale et de la Gendarmerie. Le défi du nouveau Ministre sera donc de transformer ces attentes en actions visibles, crédibles et durables, afin de restaurer la confiance des citoyens envers les institutions de sécurité et l’autorité de l’État.

Fait à Paris, le 10 Mai 2026

Tribune de Evrard NANGHO,

Le Patriote Engagé

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