À la suite de la mise en place du nouveau Gouvernement, une interrogation légitime émerge au sein de l’opinion publique congolaise : cette reconfiguration politique marque-t-elle le début d’une réforme structurelle durable dans la gestion des services essentiels, notamment l’électricité et l’eau potable ?
En effet, la persistance des délestages et l’insuffisance de l’offre énergétique dans les principaux centres urbains tels que Brazzaville, Pointe-Noire ou Dolisie traduisent des défaillances systémiques. Dans ce contexte, Énergie Électrique du Congo (E²C), opérateur public en charge de la production, du transport et de la distribution de l’électricité, fait l’objet de critiques récurrentes quant à l’efficacité de sa gouvernance et à la qualité de son service.
Cette situation reflète plus largement une problématique de gouvernance publique, caractérisée par une insuffisante clarification des rôles institutionnels et une faible performance dans la coordination des acteurs. Une réforme en profondeur s’impose afin d’aligner les responsabilités, d’améliorer la transparence et d’assurer une meilleure redevabilité au bénéfice des citoyens.
1. Clarification des compétences institutionnelles
Conformément aux principes de décentralisation, la gestion de l’éclairage public relève prioritairement des collectivités locales (mairies et intercommunalités).
À ce titre, elles sont compétentes pour :
– la planification et l’installation des infrastructures d’éclairage ;
– l’exploitation, la maintenance et le renouvellement des équipements ;
– la définition des politiques d’éclairage (horaires, intensité, optimisation énergétique).
Ces collectivités peuvent recourir à des opérateurs privés spécialisés dans le cadre de délégations de service public ou de marchés publics structurés.
En parallèle, le rôle de Énergie Électrique du Congo se limite à la fourniture d’énergie jusqu’aux points de livraison ainsi qu’au raccordement des installations. Les collectivités sont, en retour, redevables du paiement de leur consommation électrique.
Cette séparation fonctionnelle nécessite toutefois une coordination renforcée afin d’éviter les dysfonctionnements actuels.
2. Modernisation technologique et optimisation énergétique
Des solutions éprouvées existent et peuvent être déployées dans les grandes agglomérations congolaises dans une logique de transition énergétique et d’efficacité opérationnelle.
Parmi celles-ci :
– Éclairage intelligent (smart lighting) : utilisation de lampes LED à haute efficacité énergétique ;
– Intégration de capteurs de présence et de luminosité ;
– systèmes de gestion automatisée permettant une modulation dynamique de l’éclairage.
Ces dispositifs permettent une réduction significative des coûts d’exploitation et une amélioration de la qualité du service.
Déploiement de l’éclairage solaire photovoltaïque : cette technologie constitue une alternative stratégique, notamment dans les zones non interconnectées ou à faible couverture réseau. Elle offre plusieurs avantages : production d’énergie propre et renouvelable, réduction des coûts sur le cycle de vie (malgré un CAPEX initial plus élevé), autonomie énergétique et résilience face aux défaillances du réseau, rapidité d’installation et flexibilité opérationnelle, adaptation aux zones rurales ou enclavées et durabilité des équipements (LED + batteries performantes).
Dans une approche comparative, le solaire s’impose comme une solution économiquement viable à long terme, le réseau conventionnel conserve un avantage en zones urbaines denses déjà électrifiées. Le solaire représente une solution optimale pour l’électrification des territoires isolés.
3. Enjeu central : la gouvernance et le management du secteur
Au-delà des contraintes techniques, les contre-performances du secteur électrique congolais relèvent principalement de défaillances managériales et institutionnelles, notamment :
– insuffisance de planification stratégique et de prévision de la demande ;
– faiblesse de la coordination inter institutionnelle ;
– gestion non efficiente des ressources financières et des investissements ;
– déficits en compétences techniques et en culture de performance ;
– absence de mécanismes robustes de suivi-évaluation et de redevabilité.
Ainsi, la problématique énergétique nationale ne peut être résolue sans une réforme profonde des modes de gouvernance.
Cela implique l’instauration d’une gestion axée sur les résultats, le renforcement des capacités institutionnelles, la digitalisation des systèmes de gestion et l’amélioration de la transparence et de la régulation sectorielle.
La crise actuelle du secteur électrique en République du Congo n’est pas une fatalité. Des solutions techniques, organisationnelles et financières existent. Toutefois, leur efficacité dépendra essentiellement de la qualité du pilotage stratégique, de la rigueur dans l’exécution des politiques publiques et de la volonté politique d’engager des réformes structurelles durables.
En définitive, l’enjeu majeur réside moins dans la disponibilité des solutions que dans la capacité des institutions à les mettre en œuvre de manière cohérente, coordonnée et transparente.
Fait à Paris, le 4 Mai 2026
Tribune de Evrard NANGHO,
Le Patriote Engagé
