À la veille de l’ouverture officielle de la campagne présidentielle, le Chef de l’État a procédé au lancement des travaux de réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO), infrastructure stratégique pour l’économie nationale et symbole historique de l’unité territoriale. Cependant, au-delà de la solennité de l’acte et de la portée symbolique de l’événement, de nombreuses interrogations émergent quant à la consistance réelle de cette initiative.
Pour une frange importante de l’opinion publique, cette annonce ressemble davantage à une opération de communication politique qu’à l’aboutissement d’un processus technique et financier solidement structuré. Une parole gouvernementale en dissonance.
La sortie médiatique remarquée de Denis Christel Sassou Nguesso, Ministre de la Coopération Internationale et de la Promotion du Partenariat Public-privé, a involontairement mis en lumière les fragilités internes de l’appareil exécutif. En soulignant l’absence d’études techniques sérieuses sur plusieurs projets structurants, il a exposé au grand jour ce que beaucoup soupçonnaient déjà : un déficit de planification stratégique et de cohérence opérationnelle.
Cette situation alimente le sentiment d’une paralysie administrative dont l’origine serait moins technique que politique. La rivalité des clans et les luttes d’influence internes semblent peser lourdement sur la conduite de l’action publique, au détriment de l’intérêt général et de l’efficacité gouvernementale.
Lors de la cérémonie officielle, la Ministre Ingrid Ebouka-Babackas a éprouvé des difficultés à apporter des réponses convaincantes aux interrogations précises du Chef de l’État. Le Premier Ministre, Anatole Collinet Makosso, a tenté d’apporter des éclaircissements, sans toutefois dissiper les zones d’ombre.
Le Président lui-même est apparu peu convaincu par les explications fournies, notamment celles de Jean-Jacques Bouya, dont les déclarations ont suscité davantage de doutes que de certitudes.
Derrière le CFCO : quels enjeux réels ?
Au cœur du débat se trouve la nature exacte des accords conclus autour de la réhabilitation ferroviaire. Plusieurs sources indiquent qu’il s’agirait moins d’une réhabilitation intégrale du CFCO que d’un projet ciblé sur l’axe Mbinda–Montbélo, principalement destiné à faciliter l’exploitation minière par des partenaires chinois.
Dans cette configuration, la réhabilitation progressive du CFCO serait davantage présentée comme une contrepartie qu’un engagement contractuel ferme, en l’absence d’un financement souverain clairement identifié ou d’un appel d’offres transparent. Cette ambiguïté nourrit les suspicions d’une cession stratégique déguisée plutôt que d’un partenariat équilibré. Une crise de gouvernance récurrente
Depuis plusieurs décennies, les Congolais observent une forme de cacophonie au sommet de l’État : annonces ambitieuses, retards structurels, contradictions ministérielles et déficit de lisibilité stratégique.
La question centrale n’est plus seulement celle de la responsabilité individuelle des ministres, mais celle de la gouvernance collective et de la chaîne de décision. Comment expliquer que le Chef de l’État semble régulièrement confronté à des dossiers insuffisamment préparés par ses propres collaborateurs ? S’agit-il d’un défaut de coordination, d’une crise de confiance interne ou d’une fragmentation du pouvoir exécutif ?
Au-delà des personnes, c’est la crédibilité institutionnelle qui est en jeu. Une nation ne peut durablement se construire sur des annonces non suivies d’effets concrets. La confiance publique, une fois érodée, est difficile à restaurer.
Le peuple congolais s’interroge : jusqu’à quand cette impression de mise en scène politique primera-t-elle sur la rigueur stratégique et la transparence institutionnelle ?
Comme l’écrivait Albert Camus : « et si nous choisissons de servir cette communauté, nous choisissons le dialogue jusqu’à l’absurde contre toute politique du mensonge ou du silence. C’est comme cela qu’on est libre avec les autres ».
Evrard NANGHO,
Le Patriote Engagé
