Depuis la prestation de serment du Président de la République, conformément aux dispositions constitutionnelles, le peuple congolais demeure dans l’attente de la formation du nouveau Gouvernement. Cette attente, en apparence institutionnelle, révèle en réalité une fracture politique plus profonde, héritée de notre histoire.
Depuis l’indépendance en 1960, la vie politique congolaise s’est structurée autour d’un clivage Nord/Sud érigé en règle tacite de gouvernance. Une sorte de pacte informel s’est imposé : à un Président issu du Nord devrait répondre un Premier Ministre du Sud, et inversement, logique étendue aux principales institutions de l’État. Ce schéma, loin d’être anodin, s’est progressivement mué en dogme géopolitique, rigidifiant l’organisation du pouvoir.
Aujourd’hui, cette construction apparaît pour ce qu’elle est : une norme artificielle qui entrave l’efficacité de l’État et retarde des décisions essentielles, notamment la nomination du Premier Ministre pour le quinquennat 2026-2031.
Plus grave encore, elle repose sur une lecture discutable, voire erronée, de la réalité géographique du pays. Aucun Président congolais, depuis l’indépendance, n’est véritablement issu du « Nord géographique » situé au-delà de l’équateur. Tous relèvent, en stricte analyse territoriale, de l’espace méridional.
Dès lors, cet antagonisme Nord/Sud s’apparente davantage à une construction politique qu’à une réalité géographique. Il constitue un instrument de conservation du pouvoir, façonné par une élite en déficit de projet national fédérateur. Derrière cette opposition factice se dissimule une incapacité chronique à penser l’État autrement que par le prisme des appartenances identitaires.
Au XXIᵉ siècle, maintenir une telle logique relève d’un anachronisme préoccupant. La gouvernance moderne ne peut s’accommoder de ces réflexes hérités, qui fragmentent la nation au lieu de la consolider. Rien, ni dans la Constitution ni dans la rationalité politique, n’interdit que les plus hautes fonctions de l’État soient occupées par des personnalités issues d’un même espace géographique (le Président Lissouba avait nommé Dacosta Premier Ministre, le Congo ne s’était pas arrêté de fonctionner et d’exister). L’histoire elle-même en offre des précédents sans que la stabilité nationale n’en ait été compromise.
Le rejet croissant de cette pratique par les citoyens traduit une aspiration claire : sortir des logiques tribales et privilégier une approche fondée sur la compétence, la vision et l’intérêt général. La géographie ne saurait continuer à servir de boussole politique. Ce qui doit désormais guider l’action publique, c’est un idéal commun : celui d’un Congo uni, cohérent et tourné vers l’avenir.
Dans un contexte de mondialisation, cette réflexion doit également intégrer une dimension nouvelle : celle de l’inclusion. Les Congolais d’adoption, porteurs de compétences et d’expériences diverses, doivent-ils rester exclus des plus hautes responsabilités au nom de critères géographiques obsolètes ?
Le véritable enjeu est ailleurs. Il réside dans la capacité collective à rompre avec ces schémas archaïques qui ont freiné le développement national. Le pays fait face à des défis majeurs qui exigent efficacité, innovation et cohésion.
Il est temps de mettre un terme à cette opposition stérile entre Nordistes et Sudistes, et de refonder la pratique politique sur des principes clairs : mérite, compétence et primauté de l’intérêt général.
Citation d’internautes :
« Une coutume politique qui survit à la raison devient une prison pour la nation ».
« Quand la tradition gouverne à la place de la compétence, l’État recule ».
« Les coutumes politiques ne sont légitimes que si elles servent l’intérêt général, non si elles perpétuent des privilèges ».
« Transformer une habitude politique en règle intangible, c’est refuser à la nation le droit d’évoluer ».
« Une République forte ne se construit pas sur des équilibres ethniques, mais sur des équilibres de compétences ».
« Les vieilles coutumes politiques sont souvent les masques modernes de l’immobilisme ».
« Là où la coutume divise, la politique doit unir ».
Fait à Budapest (Hongrie), le 23 Avril 2026.
Tribune de Evrard NANGHO,
Le Patriote Engagé.
