Le géant endormi : le potentiel agricole de la République Démocratique du Congo (Claude Ibalanky)

Publié le

Tribune de Claude Ibalanky,

Acteur politique congolais

La République Démocratique du Congo (RDC) représente un paradoxe à l’échelle continentale. Deuxième plus grand pays d’Afrique avec 234,5 millions d’hectares, elle abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. Pourtant, sous et au-delà de cette couverture forestière se trouve l’un des plus grands potentiels agricoles inexploités de la planète.

Des chiffres impressionnants :

– Superficie totale : 234,5 millions d’hectares,

– Terres actuellement cultivées : environ 15 millions d’hectares,

– Terres potentiellement cultivables (sols et climat adaptés) : 80 à 100 millions d’hectares, une superficie supérieure à l’ensemble des terres agricoles de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie et du Royaume-Uni réunis,

– Selon une étude de la Banque Mondiale et de la FAO datant de 2013, si seulement 25 à 30% de ce potentiel était mis en culture de façon durable avec des rendements moyens, la RDC pourrait produire suffisamment de nourriture pour nourrir 2 milliards de personnes, soit près du quart de l’humanité et presque deux fois la population actuelle de l’Afrique.

Aujourd’hui, le pays est déjà le troisième producteur mondial de manioc et le premier producteur de bananes plantains, alors qu’il n’utilise que 10 à 11 % de sa superficie à des fins agricoles (FAO 2022). En termes absolus, la RDC dispose de la plus grande réserve de terres arables non cultivées au monde.

Un contraste douloureux : une terre d’abondance, une population en insécurité alimentaire

Malgré ce potentiel exceptionnel, la RDC compte l’un des plus grands nombres de personnes souffrant de sous-alimentation chronique. Entre 2023 et 2025 :

– 26 millions de Congolais (environ 26 % de la population) sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë,

– 43 % des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance, l’un des taux les plus élevés au monde (enquête démographique et de santé 2023),

– Le pays importe plus de 80% de ses besoins en blé, riz et sucre, alors qu’il dispose des sols et des précipitations nécessaires pour produire presque tout ce qu’il consomme.

Ce paradoxe s’explique moins par des contraintes naturelles que par des décennies de conflits, une mauvaise gouvernance, un manque d’infrastructures et un sous-investissement chronique :

– moins de 3 % du budget national est consacré à l’agriculture,

– moins de 200 km de routes rurales sont revêtues dans un pays grand comme l’Europe de l’Ouest,

– les pertes après récolte atteignent 30 à 50 % faute de stockage et de transport adéquats.

Des signes d’espoir

Là où la stabilité revient, les résultats sont rapides. Dans certaines zones autrefois affectées par l’insécurité, l’utilisation de semences améliorées et d’engrais de base a permis de tripler les rendements de maïs en une seule saison. Les précipitations régulières du bassin du Congo et les sols volcaniques riches de l’Est autorisent deux à trois récoltes par an, un avantage rare sous d’autres climats. Le Plan national de transformation de l’agriculture (2023-2030) vise à réhabiliter 3 millions d’hectares d’ici 2030 et à créer dix parcs agro-industriels.

En 2024, plus de 500 millions de dollars d’engagements privés ont été annoncés pour les filières palmier à huile, cacao et riz.

En conclusion, la RDC n’est pas un pays pauvre par manque de terres fertiles ; c’est un pays riche dont les ressources agricoles ont été longtemps négligées dans un système caractérisé par la mauvaise gouvernance, la corruption et la prédation économique. Si une partie seulement de son potentiel était mobilisée de façon durable, le pays pourrait non seulement éradiquer la faim sur son territoire en moins d’une décennie, mais aussi devenir le grenier de l’Afrique subsaharienne et un acteur majeur sur le marché mondial des produits agricoles, avec une création massive d’emplois pour les jeunes en général et les populations rurales en particulier.

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