La Vision 2060 s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique continentale devenue presque normative. À l’instar de nombreux États africains, le Congo s’est doté de cet horizon pour projeter sa modernisation et impulser une transformation économique durable. Pourtant, cette ambition s’inscrit dans la continuité d’un précédent engagement, celui du « Congo pays émergent à l’horizon 2025 », dont les résultats, à ce jour, restent largement en deçà des attentes.
Dès lors, une interrogation centrale s’impose : la Vision 2060 constitue-t-elle une véritable rupture stratégique ou la reconduction d’un cycle de promesses non tenues ?
Le cadre stratégique retenu identifie 14 secteurs prioritaires, dont certains leviers clés pour la diversification économique, notamment l’agriculture, l’élevage et les infrastructures. Toutefois, le diagnostic sectoriel met en lumière des fragilités structurelles profondes. L’exemple de l’agriculture est particulièrement révélateur : un déficit estimé à 600 milliards de FCFA traduit l’ampleur des déséquilibres et, surtout, l’inefficacité persistante des politiques publiques menées jusqu’ici.
Comment justifier qu’un pays disposant d’atouts naturels majeurs, un des plus grands bassins hydriques mondiaux, une pluviométrie favorable et des millions d’hectares de terres arables, continue d’importer près de 90 % de sa consommation alimentaire ? Ce paradoxe économique met en évidence une défaillance systémique de gouvernance et de planification. C’est l’échec de la politique agricole de Valentin Ngobo et du Gouvernement.
Il entre en contradiction directe avec un principe fondamental rappelé au plus haut sommet de l’État par le Président Denis Sassou Nguesso : « un peuple qui ne consomme pas ce qu’il produit compromet son autonomie et sa souveraineté ».
Plus préoccupant encore, la dépendance récurrente aux expertises extérieures pour établir des diagnostics déjà connus interroge la capacité de l’appareil étatique à capitaliser sur son propre savoir interne. Les constats formulés aujourd’hui ne sont ni nouveaux ni inattendus. Ils sont la répétition de conclusions établies depuis plusieurs décennies.
Certes, certaines initiatives récentes visant à structurer la Vision 2060 méritent d’être saluées. Mais leur pertinence ne prendra corps que sous réserve d’une condition essentielle : l’instauration d’une gouvernance rigoureuse, cohérente et orientée vers les résultats.
Les priorités identifiées sont sans équivoque : le développement du capital humain, à travers la formation d’ingénieurs, de techniciens et de compétences spécialisées ; la maîtrise des intrants agricoles pour soutenir les chaînes de production ;le renforcement des infrastructures et des systèmes logistiques.
Ce triptyque constitue le socle minimal de toute transformation économique crédible. Son absence prolongée révèle, en creux, les limites structurelles de l’action gouvernementale.
Au-delà des diagnostics, c’est la question de la cohérence stratégique qui est posée. Ceci traduit l’inefficacité de la politique initiée par Jean-Jacques Bouya sur les grands travaux qui nous ont pas permis d’atteindre les objectifs visés sur la diversification économique. L’absence de vision intégrée, la prédominance de projets à faible impact structurel et le déficit de planification à long terme fragilisent toute ambition de transformation durable.
Par ailleurs, le choix récurrent du Gouvernement de s’appuyer prioritairement sur des expertises étrangères, au détriment du potentiel national, constitue une contradiction majeure. Aucun pays ne s’est développé durablement sans investir massivement dans ses propres ressources humaines. Le capital humain n’est pas un facteur parmi d’autres : il est la condition sine qua non de toute politique de diversification économique.
Dès lors, la réussite de la Vision 2060 dépendra d’un changement de paradigme clair : mettre l’éducation, la formation et le développement des compétences locales au cœur de la stratégie nationale.
Enfin, cette vision ne peut rester l’apanage de l’exécutif. Elle doit devenir un projet collectif, porté par l’ensemble de la classe politique et partagé par la société. Sans consensus national sur les orientations stratégiques, toute projection à long terme restera fragile et sujette à l’échec.
Le temps des slogans est révolu. L’heure est désormais au pragmatisme, à la discipline stratégique et à la culture du résultat. La Vision 2060 doit être plus qu’un document institutionnel : elle doit devenir une véritable boussole nationale, intégrée dans les politiques publiques, enseignée dans les écoles et appropriée par les citoyens.À défaut, elle risque de rejoindre la liste des ambitions inabouties à l’image du projet d’émergence à l’horizon 2025 et de renforcer la défiance entre l’État et la population.
La Vision 2060 sera ce que le Congo décidera d’en faire : un tournant historique ou une promesse de plus.
« Une vision économique sans exécution n’est qu’une illusion, et une exécution sans vision mène au chaos », Internaute.
« Le développement ne se décrète pas, il se construit par la rigueur, la compétence et la constance », Internaute.
« Une nation qui ne transforme pas ses ressources transforme sa dépendance », Internaute.
« L’économie d’un pays reflète la qualité de ses choix, pas la richesse de ses ressources », Internaute.
Fait à Paris, le 1 Avril 2026
Evrard NANGHO,
Le Patriote Engagé
